22-05-09

L'horreur des sévices dans les écoles catholiques


10-omertaRÉPUBLIQUE D'IRLANDE

Un rapport décrit le sort de 35 000 enfants placés dans 250 institutions entre 1930 et la fin 90. L'Eglise et les autorités se sont montrées complices.

C'est une longue litanie de violences physiques et sexuelles systématiques, d'humiliations, de mauvais traitements, de négligences et d'ignorance. Les quelque 2 600 pages du rapport d'enquête sur les abus dont ont souffert des milliers d'enfants placés dans des institutions catholiques irlandaises financées par l'Etat, sur une période de soixante ans, coupe le souffle. "J'ai passé six ans chez les Sœurs- de-la-Miséricorde avant d'être transféré, alors que j'avais 8 ans, dans l'école industrielle de Glin, à Limerick, gérée par les Frères chrétiens", raconte Tom Hayes, né en Irlande, d'une mère célibataire, en 1946.
Il avait deux ans quand il fut placé. Le cauchemar commença. "C'étaient des violences physiques exceptionnelles, des abus sexuels de la part de garçons plus âgés et les Frères qui nous menaçaient quand on se plaignait", raconte-t-il. A 16 ans, il quitte l'institution et économise grâce à des petits boulots de quoi payer son voyage vers l'Angleterre. "Il ne faut pas oublier que l'Etat irlandais ne nous a jamais offert aucun soutien, financier ou moral". Il entre dans le régiment des fusiliers royaux irlandais. "Ils m'ont rendu la raison. J'avais trouvé une famille". Sa véritable famille, il ne l'a retrouvée qu'en 2004, grâce à Barnardo's, une organisation caritative qui lui apprend que sa mère vient de mourir. "On m'avait dit qu'elle était morte à ma naissance". Il a fondé Alliance Support Group "pour rassembler tous ceux qui ont vécu la même horreur".

Il aura fallu neuf ans pour réunir dans un pavé de cinq volumes le catalogue hallucinant des abus subis par quelque 35 000 enfants irlandais placés dans 250 institutions catholiques entre 1930 et la fin des années 90. "Les enfants étaient davantage traités comme des esclaves ou des détenus que comme des êtres disposant de droits légaux", souligne le rapport présenté par le juge Sean Ryan. "Attentats à la pudeur et viols endémiques", "climat de peur", "terreur quotidienne de savoir d'où viendrait le prochain coup" : la commission d'enquête a entendu le récit de plusieurs milliers de ces enfants, classés asociaux ou délinquants parce qu'ils étaient orphelins ou illégitimes, ou parce que leurs parents étaient jugés incapables de les élever. Elle a écouté aussi certains des 800 tortionnaires.

Bernadette Fahi, 55 ans, a témoigné. Placée chez les Sœurs de la Miséricorde de 9 à 16 ans dans l'orphelinat de Goldenbridge, elle a écrit un livre, "La Liberté des anges", où elle raconte la faim, le froid, la violence et les humiliations quotidiennes. "Aujourd'hui, je me sens soulagée. Enfin, ce que nous avons vécu est reconnu, accepté comme des faits et non plus de simples allégations". "Ce rapport a rouvert des blessures; des gens nous appellent aujourd'hui pour témoigner, pour la première fois de leur vie". Si la rédaction de ce rapport a mis tant de temps, c'est parce que les différents ordres religieux mis en cause, et notamment les Frères chrétiens et les Sœurs de la Miséricorde, ont tout fait pour ralentir ou empêcher les travaux de la commission d'enquête. En 2004, les Frères chrétiens ont obtenu de la justice la garantie qu'aucun nom de victimes et surtout de frères coupables de violences ne soient publiés. Toute possibilité de poursuites judiciaires était de fait supprimée. Le fonds de compensation mis en place par l'ancien premier ministre irlandais Bertie Ahern, qui a également ordonné la création de cette commission d'enquête, ne prévoit un versement de compensations financières que si aucune poursuite n'est engagée. A ce jour, environ un milliard d'euros de dédommagements ont été versés à 12 500 des 14 500 victimes qui se sont manifestées. Mais cette somme est payée par le contribuable irlandais. Selon un accord passé entre le gouvernement irlandais et l'Eglise catholique, celle-ci s'est engagée à verser... 128 millions d'euros.

A côté des violences, le rapport met en lumière la confondante indifférence à la fois des autorités religieuses mais aussi de l'Etat irlandais. Des frères coupables d'abus ont été transférés d'institutions en institutions. Les travailleurs sociaux supposés inspecter ces institutions ont ignoré les plaintes et les appels à l'aide. En 2003, la juge Mary Laffoy, qui présidait initialement la commission d'enquête, a démissionné avec fracas en accusant le ministère de l'Education de faire de la rétention d'informations et de dossiers. L'ordre des Frères chrétiens s'est "excusé du fait que certains abus aient pu être perpétrés, mais n'a reconnu aucune responsabilité de la congrégation dans son ensemble", a souligné la commission. Et le commentaire maladroit du nouvel archevêque de Westminster Vincent Nichols, chef de l'Eglise catholique en Angleterre et au Pays-de-Galles, est mal passé. Il a jugé que les Frères chrétiens qui avaient témoigné devant la commission "avaient été courageux" et que le rapport ne devait pas "gommer ce qu'ils ont fait de bien aussi".

SONIA DELESALLLE-STOLPER

Mis en ligne le 22/05/2009, ©Libération


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